
Les Municipales: de la République à l'Hôtel de Ville
Par Victor Malka | 18 mars 2026
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Jacques Chirac : "Il est nécessaire que les États arabes acceptent de reconnaître qu'Israël a le droit de vivre."
Lors des municipales de 1977, L’Arche est allé rencontrer les différents candidats à la mairie de Paris pour sonder leur rapport aux Juifs et à Israël.

Revue de L'Arche - mars 1977
Une campagne fortement politisée. Des municipales perçues comme prélude aux législatives qui se profilent à l’horizon de 78. Une bataille qui s’annonce rude et acharnée. Les électeurs juifs, plus que jamais, sont fermement décidés à faire passer, le 13 mars prochain, leurs motivations propres dans leurs bulletins de vote. Et en particulier, l’aspiration à une politique plus équilibrée au Proche-Orient. Cela, quelles que soient leurs appartenances dans la gamme des partis. Les déceptions et les leurres des précédentes consultations ne peuvent qu’incliner à plus de lucidité et d’exigence dans les choix à opérer. Et à exprimer de la façon la plus claire les préoccupations et les désirs qui sont les nôtres, comme l’a fait pour sa part le C.R.I.F., au nom des organisations de la communauté, dans une note d’orientation. Il n’est certes pas dans l’intention de l’Arche de se jeter dans la mêlée électorale, ce n’est pas sa vocation. Encore moins de verser dans l’électoralisme. Mais, compte tenu de l’importance du débat, et pour contribuer à éclairer nos lecteurs, nous avons interrogé les principaux candidats à la mairie de Paris. On trouvera leurs réponses un peu plus loin, telles qu’elles nous ont été données : chacun y apportera le commentaire qu’il jugera opportun. Voici pour débuter, une enquête de Victor Malka dans les quartiers du centre de la capitale, secteurs à forte densité juive, et où les voix juives sont sollicitées par tous les partis en présence.
Ils ont tous désigné un responsable pour la « communauté juive à Paris ». Chaque parti fait ses comptes, fourbit ses arguments, établit ses listes. Il s’agit de ne rien laisser au hasard, d’être prêt à répondre à toutes les questions, y compris les plus gênantes. Il s’agit surtout de montrer en quoi la position de l’adversaire est négative. Depuis que le récent sondage de la S.O.F.R.E.S. révélant qu’il y a dans la seule région parisienne près de 380.000 Juifs, l’intérêt porté par les partis politiques aux « quartiers juifs » de Paris est encore plus sensible.
Ce que représente le vote juif à Paris ?
À ma connaissance, dit Jean Charlot, professeur à l’École des Sciences Politiques, il n’y a pas de données réelles (je veux dire scientifiques) à cet égard. En tout cas, je ne les connais pas.
Si les politologues hésitent, les candidats, eux, tranchent. Claude Gérard-Marcus qui a une longue expérience de Paris, déclare :
- Il y a, sur l’ensemble de l’échiquier parisien, 10 % de voix juives ce qui, naturellement est infiniment supérieur à la moyenne nationale. De plus, il y a des arrondissements où les électeurs juifs représentent entre 15 et 17 % et c’est le cas du 9e secteur (c’est-à-dire le 10e arrondissement), du 2e secteur (le 2e et le 3e arrondissement) et peut-être aussi du premier secteur (1er et 4e arrondissement).
Il faut en prendre… son parti : dans les quartiers à forte densité juive, les candidats aux municipales sont le plus souvent interrogés sur des questions de politique internationale. « Que pensez-vous de la manière dont le gouvernement français a traité l’affaire Abou Daoud ? » demandait, l’autre soir, un petit bout de femme à l’ancien Premier ministre Jacques Chirac, lors d’un dîner-débat organisé salle Lancry, dans le dixième arrondissement.
Les candidats de la majorité - giscardiens ou chiraquiens - ne sont pas seuls à être ainsi interpellés. Socialistes ou communistes ont à faire face à d’identiques questions.
« D’autant, dit M. Marcus, que le 26 juin dernier, le parti socialiste avait convié l’O.L.P. aux États généraux du peuple de Paris ». « D’autant, ajoute Mme Nicole Chouraqui, candidate dans le deuxième secteur, que le silence du parti socialiste sur l’affaire Abou Daoud ne vaut pas mieux que la position prise par les officiels ». Des municipales politiques qui vont donc tourner - pour l’électorat juif de la capitale - autour de thèmes de politique internationale et sur lesquelles va planer, peu ou prou, l’ombre d’Abou Daoud ? Peut-être mais ce serait exceptionnel.
L'ombre d'Abou Daoud ?
Car, dit encore le professeur Jean Charlot, les événements de politique étrangère pèsent assez peu même dans les élections législatives comme l’ont montré dans le livre Le Choix d’un député Pierre Weil et Denis Lindon - exception faite en période de tension internationale parce que ces faits ont alors un prolongement au plan intérieur et exception faite aussi pour certaines minorités… En règle générale, la politique étrangère ne joue un rôle ni dans les thèmes des candidats, ni même dans les motivations de vote. A fortiori est-ce vrai quand il s’agit d’élections municipales. Mais peut-être avez-vous raison de dire que ces élections sont particulièrement politisées ? Politisées ? Une rapide enquête menée dans tel quartier juif du troisième arrondissement en témoigne : « Je ne veux plus accorder ma confiance à ceux qui ont renié toutes leurs promesses et qui aident des terroristes, dit Jacques C… Ce que je veux c’est d’abord que la majorité soit battue et peu m’importe qu’elle soit celle de la droite musclée ou celle du libéralisme ». « Je suis pied-noir, dit tel autre jeune cadre, et même dans ces élections municipales, je ne veux me déterminer qu’en fonction de l’attitude des candidats à l’égard d’Israël. Eh bien, je ne me décide pas, quelle que soit ma déception devant la majorité actuelle, à accorder mon bulletin à la gauche. Je n’ai toujours pas confiance dans les promesses des communistes et je ne suis pas sûr, pour tout dire, qu’avec la gauche ce serait mieux ».
Jusqu’à présent, la majorité « tenait » 9 des 14 secteurs de Paris, avec 60 conseillers sur 90. Les cinq autres secteurs étaient la chasse gardée de l’opposition, essentiellement communiste. La capitale est désormais divisée en 18 secteurs et ce sont 109 conseillers que les électeurs choisiront les 13 et 20 mars prochains. Deux des secteurs où vit une forte proportion de Juifs, le 2e secteur (2e et 3e arrondissement) et le 5e (10e arrondissement), sont « en balance » : tout dépendra de la campagne électorale. Jusqu’à présent, ces arrondissements appartiennent à la majorité. Les communistes déploient cependant de gros efforts pour conquérir le dixième arrondissement que M. Claude Gérard-Marcus (R.P.R.) représente aussi bien à l’Assemblée nationale qu’au Conseil de Paris.
-C’est un arrondissement populaire et une sorte de résumé des classes sociales, dit M. Marcus. J’avais été élu au second tour des municipales de 1971 et je l’avais emporté sur ma concurrente communiste, Mme Lagatu, de quelques 3.000 voix. Aux législatives de 73, j’avais accentué mon avance en recueillant 56,8 % des suffrages au second tour. Cette année, étant donné la politisation de cette consultation, la bataille sera plus dure qu’en 1973 car, après tout, ici aussi, il y a la poussée socialiste. Mais l’alliance socialo-communiste n’est pas supportée par l’électorat juif.
M. Chirac ? Il n’a jamais tenu deux langages aux Arabes. Il a toujours insisté sur le préalable de la reconnaissance d’Israël. Il avait reçu M. Shimon Pérès et M. Menahem Begin, lors de leur passage à Paris. Mais je compte, pour ma part, faire essentiellement une campagne locale. J’insisterai d’abord sur les réalisations municipales. Au deuxième secteur, c’est M. Jacques Dominati, député du 2e et 3e arrondissement, qui part favori. Mais la tête de liste socialiste ne désespère pas de l’emporter. Aux élections présidentielles de 1974, Valéry Giscard d’Estaing avait obtenu dans ces deux arrondissements du centre de Paris 16.453 voix contre 14.956 pour Mitterrand.
- Depuis, dit un sympathisant socialiste, il y a eu l’érosion de la majorité et aussi la poussée de notre parti.
- Entre Dominati et le candidat de la gauche, il y a un créneau et c’est là que je me place, dit Mme Nicole Chouraqui, ex-radicale qui, après avoir avec Jacqueline Nebout claqué les portes du parti de M. Peronnet (« pour cause d’aristocratisation du parti », dit-elle) se présente avec le soutien R.P.R.
- Le contexte féminin est important, dit cette jeune néophyte dans la politique. Il faut que la gestion municipale s’ouvre aux femmes. Ces deux arrondissements sont peuplés essentiellement de petits artisans et de petits commerçants. C’est là qu’il y a le plus de logements insalubres. Une femme peut assurément apporter beaucoup à ce quartier.
cette jeune néophyte dans la politique. Il
faut que la gestion municipale s'ouvre
aux femmes. Ces deux arrondissements
sont peuplés essentiellement de petits
artisants et de petits commerçants. C'est
là qu'il y a le plus de logements insalubres. Une femme peut assurément apporter beaucoup à ce quartier.
Et elle ajoute avec un enthousiasme
qu'elle aimerait voir partagé :
- Je me bats contre les communistes et
contre les gens du C.E.R.E.S. («j'ai un
dossier énorme contre Chevènement »)
La volonté de changement
- Giscardiens ou chiraquiens, c'est le
passé, dit de son côté Roger-Gérard
Schwartzenberg, professeur de droit et
délégué général du mouvement des radicaux de gauche, la volonté de changement ne peut s'exercer qu'en votant pour
le candidat de gauche. Peut-on oublier
que, depuis 1974, ce pouvoir, sous la
double conduite de Valéry Giscard
d'Estaing et de Jacques Chirac n'a cessé
de se faire l'agent de relations publiques de l'O.L.P. comme il n'a cessé de montrer une tolérance infinie envers les activités terroristes, même sur son propre
sol... Que ces élections municipales
soient treès politisées ne me choque pas.
Je juge, après tout, normal que le citoyen
saisisse chaque occasion de manifester
son souci de justice et de moralité même
au plan international. Il ne s'agit nullement d'un « détournement » d'élections
mais au contraire de l'exercice exem-
plaire par chaque citoyen de sa responsabilité la plus haute.
Cette bataille de Paris engage-t-elle vraiment autre chose que la simple administration de la capitale? Y joue-t-on réellement« le sort de notre société» ainsi que
le dit un homme politique? « Ce qui est
sûr, dit un jeune homme qui, le 13 mars
prochain, votera pour la première fois ,
c'est qu'à travers ces municipales c'est
l'horizon 78 qui se profile ».
Mairie de Paris : Les têtes de listes répondent aux questions de l'Arche
A l'occasion des élections municipales, nous avons posé aux principaux candidats à la mairie de Paris les questions suivantes :
- Le Conseil représentatif des institutions juives de France vient de rendre publique une note d'orientation qui constitue une sorte de charte politique des Français Juifs. Qu'en pensez-vous?
- Comment percevez-vous la communauté juive de France d'une manière générale?
- La politique française à l'égard d'Israël vous satisfait-elle?
- Paris compte aujourd'hui une grande communauté juive. Elle a, à l'évidence, des besoins spécifiques. Que pensez-vous faire pour elle?
Jacques Chirac
1. Une définition qui emporte l'adhésion de tous
«J'ai lu naturellement - comme tous les responsables politiques, je suppose - cette déclaration du C.R.I.F. Je voudrais tout d'abord dire qu'elle m'a paru d'une grande élévation de pensée et qu'elle est pleine de dignité, et cela mérite d'être souligné. Au moment où l'on parle beaucoup de clarification, cette déclaration précise clairement la conception que le judaïsme français a de son rôle historique et de sa mission spirituelle. J'en prends acte d'autant plus facilement que je ne vois dans cette charte aucun point qui me mette mal à l'aise ou avec lequel je sois en contradiction. Estimant, comme le général de Gaulle, que la seule querelle qui vaille est celle de l'homme, je partage l'attachement qui est manifesté dans ce document à l'éminente dignité de la personne humaine. Je ne peux naturellement qu'approuver les références qui y sont faites aux principes de liberté et de justice et son esprit général qui relève d'une inspiration qui la rattache, à mes yeux, à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
L'orientation générale de cette charte me paraît tout à fait conforme à ce qui est nécessaire, non seulement pour le judaïsme français, mais pour l'ensemble du peuple français.
2. Une communauté bien enracinée
Je connais bien sûr cette communauté où j'ai un certain nombre d' amis. Comme chacun, j'ai été bouleversé par les drames récents qu'a traversés le judaïsme, et aucun homme de cœur ne peut oublier ce qui s'est passé... Je n'ignore pas que cette communauté est variée et qu'au cours des ans, les malheurs du peuple juif l'ont renforcée numériquement, que ce soit par suite de la politique tsariste, des convulsions de la révolution russe ou la montée du fascisme et, plus récemment, par les retours de nos concitoyens d'Algérie et de nombreux juifs de Tunisie et du Maroc qui étaient tous indiscutablement liés à la culture et à la vie française. Je sais aussi que ses racines sont anciennes et que le judaïsme était présent en Gaule, avant même la naissance de la France. Je sais enfin les innombrables apports que les Juifs de France ont faits à la littérature, à l'art, à la musique, à la médecine, à l'administration, à l'économie et je n'oublie pas non plus qu'au Moyen-Age, c'est à Rachi, célèbre commentateur de la Bible, que l'on doit un glossaire de la langue française écrit en lettres hébraïques.
3. Israël et le Proche-Orient
Vous savez la position qu'avait prise le général de Gaulle et qu'avait maintenue le président Pompidou. Elle voulait tenir compte des intérêts de la France qui exigent sans aucun doute que les relations entre les pays arabes et notre pays soient de bonnes relations. J'ajoute que c'est, à mon avis, l'intérêt même d'Israël. J'ai eu l'occasion de m'en rendre compte lorsque j'étais Premier ministre, en participant dans la mesure de mes moyens à une modération de certaines positions que souhaitaient prendre certains pays arabes. Il n'est pas négligeable, pour Israël, que la France, dont on connaît l'attachement à l'existence de l'État juif, puisse parfois être un élément de modération et de bons offices. Notre position s'exprime de la façon suivante : nous considérons qu'Israël doit vivre à l'intérieur de ses frontières. Cela suppose un règlement et le rétablissement de la paix. Comment y parvenir? Je considère, pour ma part, que la première condition est que chacun reconnaisse le droit à l'existence et à la pérennité de l'État d'Israël. Je dirai que c'est un préalable. Comme disait le général de Gaulle, il faut se mettre d'accord avec ses arrières-pensées. Il est donc nécessaire que les États arabes, en premier lieu, acceptent de reconnaître qu'Israël a le droit de vivre. A partir de là, il va de soi qu'Israël doit renoncer aux territoires occupés et revenir en gros à ses frontières de 1966. Le troisième point est celui des Palestiniens. Je suis, pour ma part, convaincu que l'on ne peut pas longtemps exiger d'un peuple d'être déraciné. Vous m'excuserez de dire qu'il y a dans le drame des Palestiniens une certaine analogie avec le drame des Juifs. On ne peut pas l'ignorer. Il est donc indispensable que le peuple palestinien ait une patrie - en vérité un État. Cet État doit-il être unitaire ou fédéré? C'est un problème technique qui se pose et qui doit résulter de l'ensemble des négociations.
Enfin il va de soi que la pérennité d'Israël, dans des frontières, dont nous avons toujours dit qu'elles devaient être sûres et reconnues, doit être garantie par des modalités internationales dont chacun sait qu'elles sont aléatoires mais dont nous devons faire en sorte qu'elles soient aussi concrètes que possibles. Et cela exige naturellement un consensus au niveau de la région sur cet objectif. J'ajoute qu'il est exact qu'il y a aussi des problèmes de forme et que nous devons nous efforcer qu'il y ait, dans les relations franco-israéliennes, moins de frictions.
4. Des contacts souhaitables
J'ai toujours pensé que la communauté juive devait pouvoir s'exprimer et être entendue. Je crois beaucoup, vous le savez, aux vertus de la concertation. J'ai essayé, aux postes que j'ai occupés, de la mettre en œuvre quand c'était possible. C'est ce que j'ai souhaité faire quand j'étais Premier ministre. J'avais souhaité rencontrer les dirigeants des grandes organisations juives de France autour de Monsieur le Grand-Rabbin. Nous avions eu, à cette époque, un entretien portant aussi bien sur les problèmes intéressant directement le judaïsme français que sur la politique de la France, notamment dans ses rapports avec le Proche-Orient et avec Israël.
Ce premier contact avait été, dans mon esprit, l'amorce de contacts réguliers. Je m'étais également à l'époque, entretenu avec d'autres organisations qui avaient des problèmes et qui avaient bien voulu me les soumettre. En particulier, j'avais pu apprécier l'action qui avait été menée - notamment dans les domaines sociaux - par ces organisations. Une mesure que j'avais prise m'avait permis de témoigner la gratitude que notre pays doit avoir pour l'inlassable et magnifique action culturelle et spirituelle menée dans le monde par l'Alliance Israélite Universelle. Je regrette seulement que l'on ne sache pas suffisamment à quel point cette action est admirable et ce qu'elle représente pour la France.
Il est évident qu'à Paris, il y a une communauté juive importante. Si je suis élu maire de Paris, je souhaite vivement prendre en considération tous ses problèmes et faire en sorte que cette communauté puisse - notamment dans sa vie quotidienne - ne pas rencontrer d'obstacles qui seraient insurmontables. Je m'y emploierai. »
Michel d'Ornano
1. Des conceptions qui me sont proches
J'ai lu avec beaucoup d'attention la note d'orientation du C.R.I.F. J'y ai retrouvé une synthèse très claire des prises de position que les représentants de la communauté juive m'avaient transmises lorsque, par mes fonctions de président de groupe à l'Assemblée nationale, j'avais noué avec eux un dialogue très direct.
Ce qui est important, me semble-t-il, dans cette déclaration, c'est d'une part la constatation de la diversité d'opinion de la communauté, et d'autre part, l'affirmation de certaines « lignes de cohésion ».
Je dois dire que je me sens tout à fait proche des conceptions exprimées dans ce document, en ce qui concerne la justice sociale, les libertés, l'exigence de solidarité et la volonté affirmée de faire prévaloir les principes de la morale internationale; elles rejoignent mes convictions profondes qui sont, vous le savez, celles d'un homme de dialogue et d'un libéral convaincu.
La première des nécessités est la liberté d'épanouissement des convictions personnelles de chacun, de leur expression et de leur manifestation. La seconde est la solidarité active entre tous les membres de la communauté. J'ai toujours, sur ces deux plans, mené le bon combat.
2. Une diversité enrichissante
Vous me posez cette seconde question comme s'il s'agissait, pour moi, d'une communauté lointaine et mal connue, alors que j'y ai beaucoup d'amis, que j'ai toujours entretenu avec ses représentants des relations confiantes sur tous les plans. Chaque fois que nous avons abordé les problèmes de la communauté juive, ils m'ont fait part de leur sentiment; c'est-à-dire celui de leur profonde appartenance à la communauté française, à laquelle ils participent pleinement, avec leur diversité, leurs capacités, et leur propre personnalité : ils apportent ainsi à la nation tout ce qui fait la richesse de leur patrimoine historique, culturel et religieux : c'est très important pour notre pays et je n'ai pas besoin de rappeler :- chacun le sait - l'apport exceptionnel de la communauté juive dans la vie culturelle et artistique et dans le rayonnement de Paris.
En même temps, ils m'ont toujours dit leurs préoccupations constantes pour le sort des autres communautés juives et avant tout pour Israël, et c'est un attachement que je comprends et que je respecte tout à fait.
3. Une politique franche et claire au Proche-Orient
Une paix juste, globale et effectivement garantie : voilà l'objectif que nous poursuivons. Car la sécurité d'Israël ne peut venir que de la paix, et une paix effectivement garantie ; dans un tel système de garantie, il serait normal que l'Europe s'engage, et la France, elle, s'engagerait. Cette paix juste, globale et effectivement garantie est beaucoup plus proche qu'elle ne l'a été, et l'exploitation qui a été faite d'une affaire récente visait justement à empêcher la France d'avoir, au Proche-Orient, le rôle positif qu'elle peut avoir.
Alors, d'autres peuvent dire qu'ils ne sont pas solidaires d'une politique à laquelle ils ont pourtant été associés; ou peuvent donner par opportunisme, une position opposée à celle de leurs amis politiques. Je vous dirai que notre politique, très ferme sur la sécurité d'Israël et sur le principe de frontières sûres et reconnues, a le mérite non seulement d'être franche, mais surtout d'être positive.
Le prochain voyage de M. de Guiringaud, ministre des Affaires étrangères, en Israël, à l'invitation de M. Ygal Allon, et celui que j'envisage moi-même de faire dans les semaines suivantes permettront, vous le verrez, de lever bien des malentendus.
4. Des préoccupations religieuses et sociales
La communauté juive parisienne est vivante; mais la situation de ses membres est très diverse. Ce que je souhaite d'abord, comme je l'ai annoncé déjà, c'est mettre en place des structures de coordination et de consultation permanentes. Certains candidats qui se présentent avec moi, et qui connaissent bien la communauté, pourront, quand ils seront élus, être chargés de cette coordination.
Il y a d'abord des problèmes sociaux, qui ne sont pas propres aux membres de cette communauté, mais qui sont souvent plus sensibles chez certains d'entre eux touchés par le malheur : c'est le cas pour les rapatriés, et surtout ceux qui sont âgés, et tous les réfugiés. La ville peut aider leurs associations, financièrement, mais aussi sur le plan du conseil juridique et de l'aide sociale : c'est une action simple à mettre en place, mais qui ne l'a pas été jusqu'ici.
Il y a enfin des questions qui tiennent à la spécificité religieuse et qu'on retrouve dans le domaine scolaire ou professionnel - je pense en particulier au Sabbat ou aux fêtes juives - ou pour la construction de lieux de cultes dans les nouveaux quartiers : je suis prêt à constituer pour ce qui concernera les affaires de la ville, un groupe de travail qui permette de trouver en commun des solutions, et à demander aux commissions d'arrondissement de faire de même partout où la communauté le souhaitera.
Sur le plan culturel, beaucoup d'artistes de valeur m'ont déjà fait des propositions pour Paris et, avec mon équipe, je suis en train de les étudier.
Georges Sarre
1. Des revendications légitimes
Ce document est d'un très grand intérêt, dans la mesure où il démontre la vitalité de la communauté juive française.
Il est bien évident que nous sommes entièrement d'accord avec les revendications de justice et de liberté exprimées dans la charte et que nous sommes aujourd'hui, comme par le passé, les plus vigoureux opposants de la persécution. Il n'est pas besoin de vous rappeler que nous sommes les héritiers de la Révolution française, cette même révolution qui a émancipé les Juifs de France et qui a ainsi contribué à l'enrichissement culturel de notre patrimoine national, que notre parti est celui de Léon Blum et de Jean Jaurès et que nous sommes de ceux qui se sont opposés à la persécution, même pendant les heures les plus noires de notre histoire.
Par ailleurs, je comprends parfaitement le sentiment qu'exprime le document du C.R.I.F. quand il fait part des liens affectifs qu'ont la plupart des juifs français avec l'État d'Israël.
2. Collectivités historiques et collectivités locales
La communauté juive fait partie intégrante de la nation française et contribue à son enrichissement culturel. La reconnaissance du droit à la différence me semble non seulement légitime mais nécessaire. C'est en assurant aux minorités la plus grande liberté que l'on travaillera le mieux au bien de tous.
Partisan de l'autogestion, du régionalisme et de la décentralisation, je considère qu'il faut reconnaître le rôle important des collectivités historiques comme des collectivités locales. De ce point de vue, la communauté juive a toute sa place. Le maintien et le développement de cette culture séculaire dont la richesse n'est plus à démontrer, doit être non seulement reconnu mais encouragé.
Il faudrait en particulier prévoir d'offrir à ceux qui le souhaitent la possibilité de se familiariser avec les langues historiques de la communauté juive: l'hébreu, le yiddish, le ladino. Cette politique devrait s'insérer dans le cadre d'une politique générale en faveur des minorités.
3. Relations chaleureuses avec Israël
La politique actuelle que la France mène à l'égard du Moyen Orient et en particulier dans ses rapports avec Israël, est inconséquente et dangereuse.
Il ne suffit pas de quelques déclarations lénifiantes à la veille d'un scrutin électoral pour masquer la réalité. Les motivations pour lesquelles la politique actuelle est poursuivie sont fondamentalement mercantiles et plus ou moins dictées par les lobbys du pétrole et de l'armement. Le résultat de cette politique de veulerie a été la dégradation très regrettable des rapports franco-israéliens sans que pour autant l'actuel gouvernement ait réussi à renforcer son autorité auprès des capitales arabes.
Pour ce qui nous concerne, nous n'avons jamais varié, et nous sommes bien les seuls, contrairement aux calomnies répandues sur notre compte par la majorité, à avoir affirmé et à réaffirmer aujourd'hui le droit à l'existence de l'État d'Israël dans des frontières sûres et reconnues, comme nous l'avons dit avec nos partenaires dans le Programme Commun.
Nous avons avec nos camarades d' « Avoda », principal parti de la coalition du gouvernement israélien, des relations confiantes et chaleureuses. Comme vous le savez sans doute, nos deux partis sont membres de l'Internationale Socialiste et une importante délégation de notre parti, conduite par François Mitterrand, s'est récemment rendue en Israël.
C'est en nous autorisant de cette amitié et en respectant totalement l'identité et l'intégrité d'Israël que nous n'avons pas hésité à dire que la voie de la paix passait aussi par la reconnaissance du fait national palestinien.
Je me félicite d'ailleurs de constater que des contacts en cours à Paris, qui se sont tenus au vu et au su du gouvernement israélien et avec son consentement tacite, semblent progresser sur la bonne voie.
4. Les réalités démographiques de Paris
L'existence de la communauté juive doit légitimement se manifester au niveau national, mais elle a également une existence concrète dans la vie de la commune. Ceci bien entendu est tout particulièrement vrai pour Paris où, comme vous le soulignez vous-même, se trouve un nombre de Juifs important. Environ 200.000 d'après le consistoire pour Paris et sa banlieue. Environ 500.000 pour toute la France.
Le maire de Paris doit en tenir compte et se doit d'être au cœur de la réalité de sa ville.
Je considère qu'il appartient au premier magistrat de la ville de donner à la communauté juive de la cité les moyens matériels et les encouragements nécessaires pour favoriser son épanouissement. Ceci est vrai tout particulièrement sur le plan culturel. Sur un plan plus général, je suis convaincu que le maire de Paris devrait intensifier les contacts avec la communauté juive et ses représentants, ce qui permettrait de préciser en commun les moyens d'atteindre ses objectifs.