Pierre Lurçat droit de réponse à Alain Finkielkraut - version texte
Par Pierre Lurçat | 30 avril 2026
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La rédaction d'Akadem publie dans le cadre du droit de réponse, le texte adressé par Pierre Lucrat en réponse aux propos tenus dans l'entretien d'Alain Finkielkraut par Pierre Assouline diffusé le 16 avril 2026 . La rédaction n'est pas responsable des opinions exprimées dans cette réponse, qui engage son seul auteur.
Je voudrais réagir ici aux inexactitudes et aux propos insultants tenus par M. Alain Finkielkraut à mon encontre, dans l’émission de Pierre Assouline diffusée sur Akadem le 17 avril dernier. Durant cette émission, il m’a qualifié notamment de “répugnant fanatique”, et m’a faussement attribué l’affirmation selon laquelle il n’y aurait “pas de civil innocent à Gaza”.
1) Concernant les “civils innocents” de Gaza :
Lorsque j'ai débattu avec Alain Finkielkraut sur la chaîne Mosaïque, en juillet 2025, nous avons longuement abordé la question des civils de Gaza. J'ai clairement expliqué que l’expression “il n’y a pas de civils innocents à Gaza” avait été employée par des otages israéliens qui revenaient de Gaza, qui voulaient dire par là qu’ils n’y avaient rencontré aucun “Juste”, comme dans l’épisode biblique d’Avraham à Sodome.
Face à ce constat unanime des otages et des soldats revenus de Gaza, Alain Finkielkraut a adopté depuis longtemps une attitude de déni, en attribuant cette expression à une vision “fanatique”. Cela est apparu dans son propos dès
janvier 2024
, quand il a osé comparer l'otage libérée de Gaza Mia Shem à la militante antisioniste Houria Bouteldja. Quel était le "crime" de Mia Shem aux yeux d'Alain Finkielkraut ? Avoir déclaré que "tout le monde est terroriste à Gaza"!
Depuis lors, il utilise les propos de l'ex-otage dans un but polémique, pour discréditer le camp de ses adversaires politiques en Israël… Il prétend ainsi, au micro de Pierre Assouline, “avoir honte de lire sous ma plume qu’il n’y a pas d’innocents à Gaza”, mais il se garde bien de lire l’explication que je donne de cette expression dans mon livre, dans lequel j’expliquais “le fait évident qu’on attendait toujours, presque deux ans après le 7 octobre, de trouver un seul “Juste” à Gaza qui nous donnerait une parcelle d’information sur les otages, ou qui s’élèverait publiquement contre les crimes du Hamas envers le peuple Juif”.
2) Concernant le qualificatif de “répugnant fanatique” employé par A.F. à mon encontre :
Pareillement, que penser du sens de la nuance et de l’exactitude de M. Finkielkraut, lorsqu’il me qualifie de “répugnant fanatique”, parce que j’aurais selon lui demandé l’abandon du Code éthique de Tsahal ? En vérité, j’explique dans mon livre pourquoi le code éthique rédigé par un philosophe peu averti des réalités militaires, Assa Kasher, était devenu obsolète depuis le 7-Octobre. J’appelle à rédiger un nouveau code éthique, non pas à l’abandonner… Cette nuance capitale aura sans doute échappé à M. Finkielkraut.
Je tiens à m'élever publiquement contre le procédé malhonnête consistant à caricaturer mon propos, pour mieux asseoir son argumentation. J'ajoute qu'il a utilisé le même procédé malhonnête à l'encontre du rabbin Oury Cherki de Jérusalem, lequel avait usé de son droit de réponse sur la chaîne Mosaïque.
Enfin, je suis stupéfait de la manière caricaturale dont Alain Finkielkraut décrit Israël et ses clivages politiques. Il utilise des clichés très réducteurs, en opposant “deux Israël”, celui des “héritiers de Rabin” et celui des “disciples d’Yigal Amir”, comme si chaque Israélien devait nécessairement appartenir à un de ces deux camps... Comment peut-on être si éloigné de la nuance et de l’exactitude, pourtant vantées par Pierre Assouline en parlant d’A. Finkielkraut ?
Prétendant instaurer une distinction artificielle entre deux Israël, entre un Israël “de la justice” et un autre “de la promesse”, entre un Israël "coupable" et un Israël "innocent", tous deux largement fantasmés, A. Finkielkraut voue à la vindicte le "mauvais Israël", duquel il prétend se dissocier.
J’invite Alain Finkielkraut à venir en Israël plus souvent, et à y entendre d’autres voix que celles des militants de la gauche progressiste, comme Yaïr Golan qu’il connaît bien. Ce même Yaïr Golan qui avait accusé Tsahal
en mai 2025
“d’avoir pour “hobby” de tuer des bébés à Gaza”, propos qui avaient suscité un immense scandale... Vivant loin d’Israël, Alain Finkielkraut a pris parti de manière très affirmée dans le débat politique interne à Israël, n’hésitant pas à déclarer que “le problème d’Israël n’est pas le Hamas mais Nétanyahou”.
Je regrette aussi qu’il reprenne à son compte les articles souvent mensongers du journal Ha’aretz, pain-bénit des antisionistes du monde entier, qui accuse régulièrement les soldats de Tsahal de “crimes de guerre”. Pour conclure, je regrette, comme beaucoup d’israéliens, qu’Alain Finkielkraut soit aujourd’hui passé dans le camp de la réprobation d’Israël, qu’il avait jadis lui-même dénoncée.
Pierre Lurçat
Jérusalem le 26.4.26
