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L'Iran : des lendemains incertains

Par Adam Loss | 05 mars 2026

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Iran : « Tragique situation de la conscience juive contemporaine pour qui la “promesse de l’aube” des révolutions annonce souvent le crépuscule des espoirs. »

En mars 1979, alors que le régime de Khomeiny s’installe depuis quelques semaines à Téhéran, Adam Loss s’inquiète dans L’Arche pour l’avenir des Juifs d’Iran et pour l’équilibre du Proche-Orient.

47 ans après, alors que la guerre a fini par éclater entre Israël, les États-Unis et l’Iran, cet éditorial résonne avec une force saisissante.

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Revue de L'Arche de mars 1979
UNE des dernières et des plus anciennes communautés enracinée en terre d’Islam est menacée de plier bagages, et, peut-être, de disparaître. A moins qu’un nouveau Cyrus n’inspire au peuple d’Iran la tolérance et le respect des minorités. Pour l’heure, la situation reste préoccupante et toutes les angoisses sont permises quant à l’avenir des Juifs iraniens.
Cependant, nul n’a le droit de s’ériger en censeur, ni d’administrer des leçons de morale aux victimes désignées, peut-être aux prisonniers de demain pas plus qu’à tous les autres Juifs dans le monde qui « persévèrent dans leur existence confortable en diaspora ». De telles leçons, pour ne pas dire ces mises en garde, seraient dérisoires à l’adresse de ceux qui vivent dans la terreur, l’attente angoissée et l’incertitude du lendemain, et ridicules pour ceux dont la situation ne supporte aucune comparaison avec celle des Juifs d’Iran.
La chronique oubliera vite ce geste des dirigeants des communautés de Chiraz et d’Ispahan, adressant, en pleine tourmente, un message de fidélité au chah. Aucune parmi les quatre communautés confessionnelles reconnues officiellement dans ce pays n’a cru devoir en faire autant. Une fois de plus des notables du judaïsme auront cédé au sentiment de crainte révérentielle que leur inspire le pouvoir en place. La fidélité aux masses juives, en tout cas la prudence, commandait pour le moins une politique de neutralité.
Peut-être oubliera-t-on moins facilement que plus de 2 000 Juifs, formant un cortège distinct, lors de la grande manifestation du 19 janvier à Téhéran, ont été applaudis et accueillis aux cris de : « L’union entre musulmans et juifs est bénie par le Dieu unique. »
Au risque de contredire le Khomeiny qui dénonçait, dans les années 60, « la traîtrise des juifs et de leurs maîtres étrangers qui complotent contre l’Islam », l’ayatollah triomphant aurait envoyé une gerbe de fleurs au grand rabbin d’Iran, Yossef Yédidia. Geste symbolique, bien sûr, appuyé cependant par cette déclaration faite à Neauphle-le-Château : « Dans la république islamique, juifs, chrétiens et musulmans vivront ensemble, comme des frères, et bénéficieront de droits égaux. »
Plus récemment, l’ayatollah Khomeiny a réservé à Téhéran un accueil cordial à une délégation de la communauté juive d’Iran et l’a rassurée sur le maintien des droits des Juifs en tant que minorité officiellement reconnue. Il ajouta toutefois dans le même souffle : « Du moins aussi longtemps qu’ils ne trahiraient pas. »
Pour les Juifs d’Iran, dont l’attachement à leurs frères d’Israël est naturel, cette « petite phrase » constitue à la fois un avertissement et un danger.
EN Iran, l’histoire a déjà basculé. C’est le cri de tout un peuple blessé dans sa dignité et défiguré par un modernisme outrancier, à la recherche de son identité, de ses traditions, de ses racines culturelles et religieuses, qui a permis à un impressionnant vieillard, drapé dans l’intégrisme le plus hautain, d’incarner la vox populi et le message retrouvé du Prophète. Les Juifs comprennent cette dimension religieuse et nationale de la révolution iranienne et la primauté de l’exigence spirituelle sur une dictature sans âme.
Les Iraniens ont sans doute raison de célébrer leur révolution nationale. Mais pourquoi faudrait-il qu’elle se nourrisse de la xénophobie la plus bornée, d’un fanatisme moyenâgeux qui risqueraient d’ouvrir la voie à tous les excès, en particulier à une hostilité exacerbée à l’égard d’Israël et du sionisme ? L’accueil triomphal réservé à Téhéran à Yasser Arafat laisse planer la menace d’une radicalisation de l’O.L.P. Et, le « camp du refus », fort de ce nouvel et puissant allié iranien, peut être tenté à tout moment de faire monter les enchères sanglantes au Proche-Orient.
Tragique situation de la conscience juive contemporaine pour qui le soutien, voire, parfois, l’adhésion à une révolution, à une « promesse de l’aube » est toujours ou presque l’annonce du crépuscule et a la saveur amère des espoirs trahis.
EN tout état de cause, pour Israël la situation deviendra difficile. Le pétrole ? Sans doute, en trouvera-t-il. Mais c’est un allié de fait, un puissant associé économique, et surtout un partenaire islamique qui avait échappé, malgré toutes les pressions, à l’exclusivisme arabe, qu’Israël a perdu avec l’ « amour illégitime » qui le liait au chah.
Le déséquilibre dont souffre le Proche-Orient risque de s’aggraver. L’agitation des Palestiniens, l’intégrisme musulman peuvent se donner libre cours, les empiètements soviétiques se multiplier. C’est peut-être aussi le moment crucial où de nouvelles alliances pourront se nouer. Grâce à un jeu dont l’Orient a l’immémorial secret, les tenants d’une solution politique du conflit israélo-arabe trouveront peut-être dans ces menaces des raisons nouvelles et urgentes pour s’engager résolument dans la voie difficile qui mène à la paix.
ADAM LOSS

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