
4 min de lecture
Cyrus, l'unificateur de l'Orient : quand l'Iran était la patrie des droits de l'Homme !
Par Patrick Girard | 15 janvier 2026
Ajouter
Partager
J’aime
Quand l’Iran était le pays des droits de l’homme…
En 1988, L’Arche publiait une recension de Cyrus le Grand, fondateur de l’Empire perse (Éditions Fayard), ce souverain qui entendait « asseoir la domination perse sur le respect des peuples autochtones et de leurs traditions ».
Alors que le pays est aujourd’hui traversé par un soulèvement national violemment réprimé, cette relecture de l’Empire perse comme précurseur des droits de l’homme résonne comme un contrepoint historique saisissant.

Revue de L'Arche de janvier 1988
L’Arche a présenté le mois dernier les « bonnes feuilles » du livre de Gérard Israël, Cyrus le Grand, fondateur de l’Empire perse, paru aux éditions Fayard. A en croire l’auteur, ce monarque légendaire, « le héros peut-être le plus attachant de l’Antiquité », fut le contemporain d’une prise de conscience nouvelle de l’existence de l’individu. De quoi faire enrager l’ayatollah Khomeiny !
En décidant d’écrire une biographie de Cyrus, Gérard Israël n’a pas choisi la facilité. L’homme nous est en effet connu pour l’essentiel à travers de rares sources souvent postérieures et point toujours exactes. La mise en perspective de sa vie rebuterait plus d’un chercheur déçu par l’aridité des tablettes cunéiformes, intrigué par la prolixité des Grecs et surpris par l’attitude résolument anhistorique de la Bible. Ayant beaucoup lu les grands classiques historiques et les travaux les plus récents, notamment ceux de Jean Bottéro, Gérard Israël a surmonté toutes ces difficultés.
« La chienne »
Le personnage de Cyrus en vaut, il est vrai, la peine. Fils d’un souverain achéménide, Cambyse, et de Mandane, une princesse mède, il faillit périr sur l’ordre de son grand-père, Astyage, auquel les mages avaient révélé que du ventre de sa fille sortirait une race appelée à régner sur le monde entier. Sauvé in extremis par Harpage, proche conseiller d’Astyage, qui le confia à un bouvier dont la femme, Sphaco (« la chienne » en langue mède), venait d’accoucher d’un enfant mort-né, Cyrus dut la vie à cette substitution révélée tardivement à son grand-père.
D’autres signes singuliers annoncèrent que le jeune Cyrus était promis à un brillant avenir, ainsi cette prédiction de Nabuchodonosor à la fin de sa vie :
« Un mulet persan viendra, ayant pour auxiliaires vos propres dieux ; il vous imposera la servitude ».
Mulet, Cyrus l’était puisque hybride, issu du mariage entre un prince perse et une princesse mède, combinant en lui la bravoure des Perses et l’inquiétude religieuse des Mèdes.
Né vers 598, Cyrus avait un an à peine lorsque Nabuchodonosor occupa Jérusalem et déporta en Babylonie l’élite de la tribu de Juda, regroupée dans le district rural de Kebar. Il était presque « bar-mitsva » lors de la destruction du Temple après l’ultime révolte des Judéens sous la conduite de Sédécias, souverain malheureux auquel le vainqueur fit crever les yeux.
Une vision politique grandiose
La chute de Jérusalem marquait d’une certaine manière l’apogée de l’empire babylonien dont la métropole s’ornait de bâtiments somptueux telle la porte d’Ishtar, l’Esagil, le palais suprême, et la célèbre tour à étages qui servit de modèle aux chroniqueurs bibliques pour imaginer la Tour de Babel.
La Babylonie sera l’une des conquêtes de Cyrus, une conquête tardive puisqu’il ne prendra Babylone qu’en 539 ayant capturé le roi Nabonide et fait tuer Balthasar auquel Daniel avait révélé son destin lors d’un banquet qui inspira de nombreux peintres « pompiers ». Auparavant, Cyrus avait défait les Mèdes et la formidable coalition réunie par Crésus, roi de Lydie, dont la richesse fabuleuse provenait de l’or du Pactole. Ayant atteint la Méditerranée à l’Ouest, il étendit son empire à l’Est jusqu’à l’actuel Turkestan soviétique, l’Afghanistan et l’extrême pointe du continent indien. Cela lui permettra d’être qualifié de « roi de Sumer et d’Akkad, roi des quatre coins du monde, roi de la grand roi ».
Gérard Israël brosse un tableau précis et coloré de cette ascension de l’unificateur de l’Orient dont le rêve d’un empire universel procédait d’une grandiose vision politique : asseoir la domination perse sur le respect des peuples autochtones et de leurs traditions. C’est en ce sens que Gérard Israël voit dans Cyrus le précurseur d’une politique des droits de l’homme :
« Si l’on était loin de vouloir assurer le bonheur des hommes, on commençait à apercevoir derrière l’autorité incontestée du souverain, derrière celle des clergés, derrière la “bourgeoisie” marchande, la présence furtive d’une conscience individuelle jugeant et espérant. Tout semble indiquer qu’alors une première lumière a jailli, un premier éclair a traversé l’esprit de l’individu quant à sa propre libération. »
L’on peut éprouver quelque scepticisme devant cette relecture idéologiquement connotée du passé et se demander si Cyrus était susceptible d’entrer dans le Panthéon de l’Histoire humaine avec sa barbiche à la Cassin. Mais le mérite de Gérard Israël est de parer aux objections qui pourraient lui être faites en analysant finement par exemple l’influence qu’eurent Cyrus et sa politique sur la conception juive du monde. Même s’il ne parvient pas à persuader totalement le lecteur, Gérard Israël a le mérite de le passionner et son livre est une excellente biographie d’un personnage encore trop souvent méconnu.
Patrick Girard
Cyrus le Grand, fondateur de l’Empire perse.
Gérard Israël. Fayard.

Gérard Israël -Le mérite de passionner
