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le 3 mai 2022, 23:20

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Le marché de l'art sous l'Occupation, de Vassili Silovic

Spoliation des juifs, trafics et transferts d’oeuvres : le marché de l’art a prospéré pendant l’Occupation. À l’heure du débat sur les restitutions, cette enquête retrace les réseaux qui l’ont alimenté pour décrypter une histoire inachevée.   

 

Après l’effervescence artistique des années 1930 au cours de laquelle Paris, capitale de la modernité, attire l’avant-garde, du cubisme au surréalisme, l’Occupation va doper un marché de l’art, devenu valeur refuge. Saisi d’une véritable fièvre, l’hôtel Drouot, interdit aux juifs, bat des records de vente : mobilier rare, toiles de maîtres, bibelots précieux (1 million d’objets en 1942!), dont beaucoup leur ont été confisqués. Les lois vichystes contraignent aussi des acteurs majeurs, comme Paul Rosenberg ou Pierre Loeb, dont les galeries sont "aryanisées", à l’exil. Parallèlement, alors que Hitler, rêve à son projet de Führermuseum à Linz en Autriche, et que les nazis fustigent "l’art dégénéré", entre 1940 et 1944, près de 100 000 œuvres et objets culturels auraient été transférés de France en Allemagne, sous l’autorité de Goering, après leur stockage au Jeu de Paume.

 

Si le Louvre a pris soin, dès août 1939, de déménager ses collections, une chasse au(x) trésor(s) s’organise, à l’initiative notamment d’Otto Abetz, ambassadeur du Reich à Paris, pour localiser les œuvres avec, parfois, l’aide des concierges. Ce pillage d’appartements et de galeries laissées vacants par les juifs, arrêtés ou en fuite, favorise le marché noir. Dans l’après-guerre, avec l’aide de la brigade américaine Monuments, Fine Arts and Archives Section, 60 000 de ces biens seront récupérés par la France, et 45 000, restitués à leurs propriétaires, mais cette "quête des origines" reste inachevée.