• Arte replay

du 8 janvier 2021 au 17 février 2021

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Modigliani et ses secrets, de Jacques Loeuille

Une documentation lacunaire, conjuguée à une soif de romanesque, a suffi à forger la légende tragique d’Amedeo Modigliani : celle d’un artiste miséreux diluant dans l’alcool son talent brut comme ses souffrances de tuberculeux, auxquelles il succombera à 35 ans. Sa compagne enceinte, Jeanne Hébuterne, se suicidera au lendemain de sa disparition.

 

Né en 1884 à Livourne, dans une famille juive séfarade désargentée et cultivée, Amedeo Modigliani débarque à 22 ans dans la bohème parisienne, avec pour bagages sa formation classique et un modeste héritage, rapidement évaporé. Ses premières toiles, à la croisée des courants (La Juive, exposé au Salon des indépendants de 1908, emprunte à la fois à l’expressionnisme de Munch, à la palette d’un Picasso période bleue et au trait assuré de Toulouse-Lautrec), lui valent l’admiration du médecin Paul Alexandre, ami et mécène qui l’introduira dans sa colonie d’artistes montmartroise de la rue du Delta. C’est ici que l’Italien lettré fait la connaissance de Constantin Brancusi, fils de paysans roumains qui l’initie à la sculpture, laboratoire de formes dans lequel Modigliani esquisse les contours de son style unique.

 

Dans le chaos de la Première Guerre mondiale, sa passion fiévreuse pour la poétesse et suffragette Beatrice Hastings se superpose avec son retour aux pinceaux. Allongement des cous, stylisation des formes, aplatissement des volumes, yeux asymétriques et sans pupilles, telles des fenêtres ouvertes sur l’âme… : Modigliani croque inlassablement l’avant-garde parisienne, avant de signer une série de nus sulfureux, puis de connaître, sous les douces lumières de la Côte d’Azur, une éclaircie aux couleurs cézaniennes, repoussoir éphémère des ténèbres…