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L'esclave biblique - n° 18

Michpatim: la Tora est-elle morale? (25 min)

Noémie Benchimol - philosophe
  • Après la Révélation, le droit

    Le cas de l'esclave hébreu (8min)

  • L'éxégète ventriloque

    Faire parler les sources (6min)

  • La révolution morale

    Quand l'honneur change de camp (11min)

Les documents (2)
Le conférencier
Biographie du conférencier

Noémie Benchimol - philosophe

Née en 1988, Noémie Issan-Benchimol est diplômée en Philosophie et Etudes Hébraïques de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm). Elle est également titulaire d’un Master en Histoire de la Philosophie (Paris IV), d’un Master d’Etudes Médiévales (EPHE) et d’un Master 1 d’Hébreu classique et Etudes Juives (Paris IV). Après avoir travaillé sur le concept de résurrection des morts dans la pensée de Gersonide, elle s’oriente vers les questions de droit talmudique, à la croisée de la philosophie du langage, du droit, de la théologie, et de l’éthique. Critique littéraire pendant 4 ans au Jerusalem Post, elle a publié un article sur les théologies juives après la Shoah (ouvrage collectif Les Philosophes face au Nazisme, Vrin, 2015). Elle est doctorante contractuelle à l’EPHE depuis octobre 2016. Elle prépare, sous la direction de Jean-Christophe Attias, une thèse sur "Aveu, serment et vœu en droit talmudique : actes de langages, sacré et judiciaire dans la pensée juive".  

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L'organisateur
  • Akadem
    Akadem
    Paris - 29 janvier 2017
Commentaires ( 12 )

Michpatim

19 février 2017, 09h41, Nissim B

Magnifique !

A propos d'esclavage

19 février 2017, 11h06, H-F B

L'esclavage est un état de dépendance total et absolu, or la relation corps et âme correspond parfaitement à cet état, le corps sans âme ne peut vivre et l'âme sans corps ne peut être ici-bas. Tous deux sont à la fois maître et esclave de l'autre. Le Rav Manitou enseigne que la première conséquence de l'acceptation que le Monde ait été créé, est que l'être créé ne peut être propriétaire de son existence dont la manifestation formelle et concrète s'incarne par l'union du corps et de l'âme. Rachi nous enseigne que ce verset 3 du chapitre 21 de Chémot nous parle du cas d'un voleur incapable de réparer son délit et qui est donc contraint de se livrer corps et âme à l'esclavage pour s'affranchir de sa dette. La Torah dans le verset suivant, précise les conditions de cette mise en esclavage en soulignant que "si dans son vêtement il vient, dans son vêtement il sortira... " Ce terme de vêtement est une traduction interprétative de Rachi concernant le terme בגפו (bégapo). Or si l'on se livre à un jeu d’interversion de lettres, à partir de ce même mot, nous pouvons en obtenir un autre בגוף (bagouf), "dans le corps". Ainsi peut-être, peut-on comprendre cette histoire particulière de voleur insolvable, comme l'histoire générale de l'homme, à savoir cette conviction qui l'autorise à penser que son existence lui appartient de plein droit. Cette certitude erronée a fait que toute jouissance existentielle relève du vole qui ne peut être éviter uniquement par l'établissement d'un acte d'acquisition authentique. Le prix à payer est notre effort à accéder à l'être moral. Qui est-il ? Celui qui sait créer un espace d'accueil pour son frère, lui aménager une place auprès de lui, tel est l'objet et le propos de toute la Torah dans son ensemble, enseigner à l'homme comment vivre avec son frère, chose que Caïn ignorait parfaitement. Ainsi au bout du long apprentissage, lorsque l'homme sait enfin reconnaître l'altérité et lui accorder dignement une place, il s'offre la possibilité de transformer cette relation maître esclave qui lie son corps à son âme, en une association librement consentie. Le voleur ne l'est plus, il est un homme libre.

Esclave !

19 février 2017, 11h34, Haï

Pourquoi utiliser le mot esclave qui renvoie à un concept de la langue française, lui-même faisant référence à la longue histoire de l'esclavage alors que le mot "Oved" semble signifier autre chose (il suffit de voir les lois qui le régissent et qui n'ont rien à voir avec la pratique de l'esclavage qui n'est soumise à aucune loi) ? Ne serait-il pas temps d'adopter d'autres termes plus conformes à la réalité évoquée ici ? Même chose pour le mot "Dieu".

Egalité

19 février 2017, 13h49, Haddad Gérard

Cette jeune femme est merveilleuse. Le rêve de Leibowitz d'égalité femme= homme dans l'étude de la Torah en acte se réalise.

Interrogations

19 février 2017, 16h56, Jacques

Bonjour, Trois questions : 1. Vous avez prononcé à un moment de votre conférence le mot "absolu", comme s'il s'agissait d'uns condition nécessaire pour qu'une conception soit considérée comme acceptable. Mais ce "curseur" que vous placez entre les valeurs morales - qui changent - et la Loi - qui ne change pas, n'est-ce pas là l'introduction inévitable d'un "relatif", puisque le propre d'un curseur, c'est de ne pas avoir de position définie ? 2. Je prends un autre exemple que l'esclavage : la prise de Jéricho. Comment situez-vous le passage au fil de l'épée de tout ce qu'elle contenait - humains et animaux - sauf Rahab et sa famille, dans l'ordre de la morale ? 3. Pourquoi cette casquette ? Bien cordialement, Jacques.

Présentation claire et intelligente

19 février 2017, 18h11, Dory R.G.

C'était une gageure de donner un aperçu compréhensible de ces idées si complexes, intéressantes et fondamentales. Vous avez réussi, bravo. Dire que la Halacha est pétrie - aussi - de morale risquait d'être perçu comme audacieux, mais vous avez cité des sources que nul ne soupçonne de laxisme. J'aime beaucoup cette notion de curseur, qui va inspirer les choix de celui qui aspire à la justesse : ici équilibre entre Halacha rigide et morale modulatrice, ailleurs entre trop près et trop loin - la juste distance -, entre respect aveugle et transgression, entre abnégation totale, négation de soi et individualisme, entre le public et le privé, etc. Merci pour vos recommandations d'ouvrages du monde, ça enrichit notre horizon.

Plasticité de la loi

20 février 2017, 01h43, ET

Bravo, toujours savoureuse votre cuisine des textes ! G. Haddad a l’air de l’apprécier en gourmet. Intéressante votre réflexion sur la particularité de la halakha, la loi juive, que l’on peut « déraciner ». Si on le fait, c’est parce qu’il faut la greffer sur un autre sol. C’est une des merveilles de cette loi de rester égale à elle-même, immuable en somme, et toujours autre, vivante grâce à sa plasticité.

A propos d'honneur

20 février 2017, 07h48, H-F B

L'honneur, c'est la conscience de soit. La Morale, c'est la conscience de l'autre. Cette conscience de l'autre passe par l'oubli de soit, donc l'honneur ne peut que difficilement cohabiter avec la Morale. L'histoire de Yèhouda et de Tamar nous le prouve.

Réponses et remerciements de Noémie

20 février 2017, 11h47, Noémie Benchimol

à Gerard Haddad : Cher Gerard Haddad, ma mère est absolument d'accord avec vous sur le caractère merveilleux de sa fille ! Je vous remercie et je profite de cette occasion pour vous dire à quel point j'ai adoré "Manger le livre. Tous les sedarim de Rosh Hashana, j'en parle. à Jacques : Comme je crois aussi que le vêtement n'est pas une affaire seulement privée mais qu'elle charrie une interface entre corps charnel et corps social, je répondrais tout de même à votre interrogation sur ma casquette. Je porte toujours quelque chose sur ma tête car dans le milieu duquel je viens, les femmes mariées se couvrent la tête. Comme je suis très attachée à l'idée de continuité et de tradition, je porte ce signe comme un marqueur social et religieux. Mais je ne pense pas que ça ait une quelconque valeur intrinsèque. Ni aucun lien avec la "pudeur" féminine, trop souvent utilisée pour oppresser les femmes et leur corps. J'en viens enfin à votre question sur la conférence même. Je ne me retrouve pas dans votre reformulation de notre problème en absolu et relatif. L'alternative est plutôt entre une compréhension figée et littérale de la halakha (au mépris de son fonctionnement réel) et une compréhension évolutive. Effectivement si vous le dites comme cela, il a une contradiction dans la position équilibriste. Or ce que je dis, c'est qu'il y a d'un côté la halakha, qui est elle-même évolutive et qui intègre au fur et à mesure les nouvelles normes morales au sein de son propre fonctionnement mais (et c'est là le point critique) en gardant toujours son fonctionnement technique propre, c'est à dire qu'on intègre les valeurs mais sans dire qu'elles sont des arguments suffisants. En halakha, "on abolit l'ordalie des eaux amères parce qu'elle est immorale" n'est pas recevable. Par contre, l'annuler pour des motifs procéduraux, institutionnels est admis. Même si on sent bien que se qui se cache derrière, ce sont des considérations éthiques. En bref, ce que je dis, c'est que pour éviter l'aporie que vous pointez justement, il faut garder prioritaire la forme et la structure de la halakha. Cette structure étant fixe mais permettant d'intégrer en son sein des nouveautés, elle peut survivre aux siècles sans sombrer dans le relativisme. Un exemple : Quel est le rapport entre le Dieu anthropomorphique de la Bible, le Dieu aristotélisant de Maimonide, le Dieu personnel de Yehuda Halévi ou le Dieu emanationiste de la Kabale ? Aucun. Et pourtant, toutes ces théologies sont juives car elles se veulent un commentaire autorisé des mêmes textes. Un même Canon et une même communauté juridique permet des grandes diversités en son sein, qu'elles soient diachroniques ou synchroniques. Sur votre seconde remarque, qui me semble un peu différente de la première, je vous répondrais simplement que je ne l'intègre pas dans un système de valeurs car la Bible n'est pas, pour un juif orthodoxe, source de leçons de morales, sinon reconstruites, secondes. Et plus généralement, qu'il ne faut pas avoir peur de dire que cette attitude génocidaire est choquante. ET et Dory RG : Je vous remercie de vos gentils commentaires ainsi que d'avoir pris de le temps de m'écouter. J'aime beaucoup le style avec lequel vous avez reformulé, chacun depuis votre propre horizon, le problème qui nous occupe. Shkoyeh ! à HFB : J'ai justement essayé de sortir d'une conception purement négative de l'honneur et opposé à la véritable morale qui ne saurait se satisfaire de ces conceptions mafieuses, imaginaires et en définitive, centrées sur l'image de soi (ce que vous dites bien). Mais il ne s'agit pas déplorer, juste de voir ce qui a marché dans les révolutions morales. Et je trouve convaincante la thèse de Kwame Anthony Appiah sur le rôle très important jouée par l'honneur dans les révolutions morales. Evidemment, je ne nie pas les dégâts terribles causés par les "sociétés de la honte" : les crimes dits d'honneur, l'excision, l'omerta. Espérons que pour ça aussi, l'honneur change de camp !

Morale et halakha

21 février 2017, 11h19, Jacques Hallak

Merci de votre brillante présentation. Les points évoqués soulèvent d'énormes problèmes surtout le troisième thème pour ceux qui, tout en voulant respecter la halakha, se trouvent mal à l'aise dans le monde dans lequel nous vivons. Certains n'hésitent pas à franchir le pas et à devenir "juifs libéraux" ; ou même à renoncer à la pratique religieuse. Merci également de parler plus lentement dans vos prochaines conférences. Jacques.

De l'importance de la perspective...

21 février 2017, 11h24, Haïm Nabet

On oublie trop souvent que le premier mot des Dix Paroles est Je (Anokhi) - j'ai d'ailleurs pour habitude de traduire la première Parole par : "Je est l'Eternel ton Dieu qui t'a fait sortir d'Egypte, de l'enfermement servile" - et que ce Je fait ensuite place au Tu. Dans le judaïsme, deux personnes sont dialectiquement posées l'une face à l'autre, telles les chérubins de l'arche, elles constituent la base de toute alliance, et je vais tout de suite souligner l'importance de la chose en la comparant avec ce qui se passe dans l'antireligion, le culte étranger par excellence, qu'est le christianisme qui a totalement déstructuré ces deux personnes pour les refondre en une Eglise. Le slogan très a la mode en ce moment chez les christianisés de France est d'ailleurs : "On [pronom indéterminé] est chez nous [pronom collectif]" : aucun Je, aucun Tu, aucune reconnaissance de l'altérité, aucune liberté, aucune responsabilité, aucune personnalité, bref, aucune humanité. Dans ce "On est chez nous" qui est la substance même du christianisme, il y a, dès l'origine, toute la Shoah. Le Je divin fait donc face au Tu humain qui le nie et devient, par cette négation, un Je humain qui fait face à un Tu divin (notamment dans la prière : Baroukh Atah... ). La Torah est la parole éternelle du Je divin au Tu humain, la Mishnah est la parole temporelle du Je humain au Tu divin. C'est dans cette seule perspective que l'on doit situer l'inhumanité de la Torah et son dépassement par la Halakhah. Si Moïse est bien notre maître à tous, c'est uniquement parce que tout ce qui est oral dans le judaïsme émane de sa bouche.

Esclaves

22 février 2017, 18h48, Charlie

Joseph a été vendu par ses frères à des Ismaélites et revendu à Poutiphar... , c'était dans les moeurs de l'époque Aujourd'hui nous acceptons de faire un job contre un salaire, au lieu d'être nourri, logé, habillé, protégé comme était l'esclave "acheté" pour servir. L'esclavage a seulement évolué mais il est toujours là dans certains pays de ce monde. Moi, je l'aime bien votre casquette et votre éloquence aussi ! Shavouah Tov.

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25 min

Noémie Benchimol - philosophe

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Michpatim

19 février 2017, 09h41, Nissim B

Magnifique !

A propos d'esclavage

19 février 2017, 11h06, H-F B

L'esclavage est un état de dépendance total et absolu, or la relation corps et âme correspond parfaitement à cet état, le corps sans âme ne peut vivre et l'âme sans corps ne peut être ici-bas. Tous deux sont à la fois maître et esclave de l'autre. Le Rav Manitou enseigne que la première conséquence de l'acceptation que le Monde ait été créé, est que l'être créé ne peut être propriétaire de son existence dont la manifestation formelle et concrète s'incarne par l'union du corps et de l'âme. Rachi nous enseigne que ce verset 3 du chapitre 21 de Chémot nous parle du cas d'un voleur incapable de réparer son délit et qui est donc contraint de se livrer corps et âme à l'esclavage pour s'affranchir de sa dette. La Torah dans le verset suivant, précise les conditions de cette mise en esclavage en soulignant que "si dans son vêtement il vient, dans son vêtement il sortira... " Ce terme de vêtement est une traduction interprétative de Rachi concernant le terme בגפו (bégapo). Or si l'on se livre à un jeu d’interversion de lettres, à partir de ce même mot, nous pouvons en obtenir un autre בגוף (bagouf), "dans le corps". Ainsi peut-être, peut-on comprendre cette histoire particulière de voleur insolvable, comme l'histoire générale de l'homme, à savoir cette conviction qui l'autorise à penser que son existence lui appartient de plein droit. Cette certitude erronée a fait que toute jouissance existentielle relève du vole qui ne peut être éviter uniquement par l'établissement d'un acte d'acquisition authentique. Le prix à payer est notre effort à accéder à l'être moral. Qui est-il ? Celui qui sait créer un espace d'accueil pour son frère, lui aménager une place auprès de lui, tel est l'objet et le propos de toute la Torah dans son ensemble, enseigner à l'homme comment vivre avec son frère, chose que Caïn ignorait parfaitement. Ainsi au bout du long apprentissage, lorsque l'homme sait enfin reconnaître l'altérité et lui accorder dignement une place, il s'offre la possibilité de transformer cette relation maître esclave qui lie son corps à son âme, en une association librement consentie. Le voleur ne l'est plus, il est un homme libre.

Esclave !

19 février 2017, 11h34, Haï

Pourquoi utiliser le mot esclave qui renvoie à un concept de la langue française, lui-même faisant référence à la longue histoire de l'esclavage alors que le mot "Oved" semble signifier autre chose (il suffit de voir les lois qui le régissent et qui n'ont rien à voir avec la pratique de l'esclavage qui n'est soumise à aucune loi) ? Ne serait-il pas temps d'adopter d'autres termes plus conformes à la réalité évoquée ici ? Même chose pour le mot "Dieu".

Egalité

19 février 2017, 13h49, Haddad Gérard

Cette jeune femme est merveilleuse. Le rêve de Leibowitz d'égalité femme= homme dans l'étude de la Torah en acte se réalise.

Interrogations

19 février 2017, 16h56, Jacques

Bonjour, Trois questions : 1. Vous avez prononcé à un moment de votre conférence le mot "absolu", comme s'il s'agissait d'uns condition nécessaire pour qu'une conception soit considérée comme acceptable. Mais ce "curseur" que vous placez entre les valeurs morales - qui changent - et la Loi - qui ne change pas, n'est-ce pas là l'introduction inévitable d'un "relatif", puisque le propre d'un curseur, c'est de ne pas avoir de position définie ? 2. Je prends un autre exemple que l'esclavage : la prise de Jéricho. Comment situez-vous le passage au fil de l'épée de tout ce qu'elle contenait - humains et animaux - sauf Rahab et sa famille, dans l'ordre de la morale ? 3. Pourquoi cette casquette ? Bien cordialement, Jacques.

Présentation claire et intelligente

19 février 2017, 18h11, Dory R.G.

C'était une gageure de donner un aperçu compréhensible de ces idées si complexes, intéressantes et fondamentales. Vous avez réussi, bravo. Dire que la Halacha est pétrie - aussi - de morale risquait d'être perçu comme audacieux, mais vous avez cité des sources que nul ne soupçonne de laxisme. J'aime beaucoup cette notion de curseur, qui va inspirer les choix de celui qui aspire à la justesse : ici équilibre entre Halacha rigide et morale modulatrice, ailleurs entre trop près et trop loin - la juste distance -, entre respect aveugle et transgression, entre abnégation totale, négation de soi et individualisme, entre le public et le privé, etc. Merci pour vos recommandations d'ouvrages du monde, ça enrichit notre horizon.

Plasticité de la loi

20 février 2017, 01h43, ET

Bravo, toujours savoureuse votre cuisine des textes ! G. Haddad a l’air de l’apprécier en gourmet. Intéressante votre réflexion sur la particularité de la halakha, la loi juive, que l’on peut « déraciner ». Si on le fait, c’est parce qu’il faut la greffer sur un autre sol. C’est une des merveilles de cette loi de rester égale à elle-même, immuable en somme, et toujours autre, vivante grâce à sa plasticité.

A propos d'honneur

20 février 2017, 07h48, H-F B

L'honneur, c'est la conscience de soit. La Morale, c'est la conscience de l'autre. Cette conscience de l'autre passe par l'oubli de soit, donc l'honneur ne peut que difficilement cohabiter avec la Morale. L'histoire de Yèhouda et de Tamar nous le prouve.

Réponses et remerciements de Noémie

20 février 2017, 11h47, Noémie Benchimol

à Gerard Haddad : Cher Gerard Haddad, ma mère est absolument d'accord avec vous sur le caractère merveilleux de sa fille ! Je vous remercie et je profite de cette occasion pour vous dire à quel point j'ai adoré "Manger le livre. Tous les sedarim de Rosh Hashana, j'en parle. à Jacques : Comme je crois aussi que le vêtement n'est pas une affaire seulement privée mais qu'elle charrie une interface entre corps charnel et corps social, je répondrais tout de même à votre interrogation sur ma casquette. Je porte toujours quelque chose sur ma tête car dans le milieu duquel je viens, les femmes mariées se couvrent la tête. Comme je suis très attachée à l'idée de continuité et de tradition, je porte ce signe comme un marqueur social et religieux. Mais je ne pense pas que ça ait une quelconque valeur intrinsèque. Ni aucun lien avec la "pudeur" féminine, trop souvent utilisée pour oppresser les femmes et leur corps. J'en viens enfin à votre question sur la conférence même. Je ne me retrouve pas dans votre reformulation de notre problème en absolu et relatif. L'alternative est plutôt entre une compréhension figée et littérale de la halakha (au mépris de son fonctionnement réel) et une compréhension évolutive. Effectivement si vous le dites comme cela, il a une contradiction dans la position équilibriste. Or ce que je dis, c'est qu'il y a d'un côté la halakha, qui est elle-même évolutive et qui intègre au fur et à mesure les nouvelles normes morales au sein de son propre fonctionnement mais (et c'est là le point critique) en gardant toujours son fonctionnement technique propre, c'est à dire qu'on intègre les valeurs mais sans dire qu'elles sont des arguments suffisants. En halakha, "on abolit l'ordalie des eaux amères parce qu'elle est immorale" n'est pas recevable. Par contre, l'annuler pour des motifs procéduraux, institutionnels est admis. Même si on sent bien que se qui se cache derrière, ce sont des considérations éthiques. En bref, ce que je dis, c'est que pour éviter l'aporie que vous pointez justement, il faut garder prioritaire la forme et la structure de la halakha. Cette structure étant fixe mais permettant d'intégrer en son sein des nouveautés, elle peut survivre aux siècles sans sombrer dans le relativisme. Un exemple : Quel est le rapport entre le Dieu anthropomorphique de la Bible, le Dieu aristotélisant de Maimonide, le Dieu personnel de Yehuda Halévi ou le Dieu emanationiste de la Kabale ? Aucun. Et pourtant, toutes ces théologies sont juives car elles se veulent un commentaire autorisé des mêmes textes. Un même Canon et une même communauté juridique permet des grandes diversités en son sein, qu'elles soient diachroniques ou synchroniques. Sur votre seconde remarque, qui me semble un peu différente de la première, je vous répondrais simplement que je ne l'intègre pas dans un système de valeurs car la Bible n'est pas, pour un juif orthodoxe, source de leçons de morales, sinon reconstruites, secondes. Et plus généralement, qu'il ne faut pas avoir peur de dire que cette attitude génocidaire est choquante. ET et Dory RG : Je vous remercie de vos gentils commentaires ainsi que d'avoir pris de le temps de m'écouter. J'aime beaucoup le style avec lequel vous avez reformulé, chacun depuis votre propre horizon, le problème qui nous occupe. Shkoyeh ! à HFB : J'ai justement essayé de sortir d'une conception purement négative de l'honneur et opposé à la véritable morale qui ne saurait se satisfaire de ces conceptions mafieuses, imaginaires et en définitive, centrées sur l'image de soi (ce que vous dites bien). Mais il ne s'agit pas déplorer, juste de voir ce qui a marché dans les révolutions morales. Et je trouve convaincante la thèse de Kwame Anthony Appiah sur le rôle très important jouée par l'honneur dans les révolutions morales. Evidemment, je ne nie pas les dégâts terribles causés par les "sociétés de la honte" : les crimes dits d'honneur, l'excision, l'omerta. Espérons que pour ça aussi, l'honneur change de camp !

Morale et halakha

21 février 2017, 11h19, Jacques Hallak

Merci de votre brillante présentation. Les points évoqués soulèvent d'énormes problèmes surtout le troisième thème pour ceux qui, tout en voulant respecter la halakha, se trouvent mal à l'aise dans le monde dans lequel nous vivons. Certains n'hésitent pas à franchir le pas et à devenir "juifs libéraux" ; ou même à renoncer à la pratique religieuse. Merci également de parler plus lentement dans vos prochaines conférences. Jacques.

De l'importance de la perspective...

21 février 2017, 11h24, Haïm Nabet

On oublie trop souvent que le premier mot des Dix Paroles est Je (Anokhi) - j'ai d'ailleurs pour habitude de traduire la première Parole par : "Je est l'Eternel ton Dieu qui t'a fait sortir d'Egypte, de l'enfermement servile" - et que ce Je fait ensuite place au Tu. Dans le judaïsme, deux personnes sont dialectiquement posées l'une face à l'autre, telles les chérubins de l'arche, elles constituent la base de toute alliance, et je vais tout de suite souligner l'importance de la chose en la comparant avec ce qui se passe dans l'antireligion, le culte étranger par excellence, qu'est le christianisme qui a totalement déstructuré ces deux personnes pour les refondre en une Eglise. Le slogan très a la mode en ce moment chez les christianisés de France est d'ailleurs : "On [pronom indéterminé] est chez nous [pronom collectif]" : aucun Je, aucun Tu, aucune reconnaissance de l'altérité, aucune liberté, aucune responsabilité, aucune personnalité, bref, aucune humanité. Dans ce "On est chez nous" qui est la substance même du christianisme, il y a, dès l'origine, toute la Shoah. Le Je divin fait donc face au Tu humain qui le nie et devient, par cette négation, un Je humain qui fait face à un Tu divin (notamment dans la prière : Baroukh Atah... ). La Torah est la parole éternelle du Je divin au Tu humain, la Mishnah est la parole temporelle du Je humain au Tu divin. C'est dans cette seule perspective que l'on doit situer l'inhumanité de la Torah et son dépassement par la Halakhah. Si Moïse est bien notre maître à tous, c'est uniquement parce que tout ce qui est oral dans le judaïsme émane de sa bouche.

Esclaves

22 février 2017, 18h48, Charlie

Joseph a été vendu par ses frères à des Ismaélites et revendu à Poutiphar... , c'était dans les moeurs de l'époque Aujourd'hui nous acceptons de faire un job contre un salaire, au lieu d'être nourri, logé, habillé, protégé comme était l'esclave "acheté" pour servir. L'esclavage a seulement évolué mais il est toujours là dans certains pays de ce monde. Moi, je l'aime bien votre casquette et votre éloquence aussi ! Shavouah Tov.

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L'organisateur

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    Paris - 29 janvier 2017
Le Conférencier
Biographie du conférencier

Noémie Benchimol - philosophe

Née en 1988, Noémie Issan-Benchimol est diplômée en Philosophie et Etudes Hébraïques de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm). Elle est également titulaire d’un Master en Histoire de la Philosophie (Paris IV), d’un Master d’Etudes Médiévales (EPHE) et d’un Master 1 d’Hébreu classique et Etudes Juives (Paris IV). Après avoir travaillé sur le concept de résurrection des morts dans la pensée de Gersonide, elle s’oriente vers les questions de droit talmudique, à la croisée de la philosophie du langage, du droit, de la théologie, et de l’éthique. Critique littéraire pendant 4 ans au Jerusalem Post, elle a publié un article sur les théologies juives après la Shoah (ouvrage collectif Les Philosophes face au Nazisme, Vrin, 2015). Elle est doctorante contractuelle à l’EPHE depuis octobre 2016. Elle prépare, sous la direction de Jean-Christophe Attias, une thèse sur "Aveu, serment et vœu en droit talmudique : actes de langages, sacré et judiciaire dans la pensée juive".  

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