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"Exclu le juif en nous" (Ed. Gallilée)

Pourquoi l'Occident hait les juifs, avec Jean-Luc Nancy  (27 min)

R. Honigmann - journaliste - J-L. Nancy - philosophe

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13 commentaires

Retour sur une phrase de Jean-Luc Nancy 07 juin 15:14, par Jean-Pierre Marchand

« Comment, se demande JL Nancy dans "Banalité de Heidegger", pendant au moins un certain temps, l’antisémitisme – banal et sans pensée par définition – a pu être convoqué par la pensée qui mettait l’ « être » en question ». C’est en écho aux déclarations antisémites des Cahiers noirs que Jean-Luc Nancy a fait état de cette indignation interrogative. Après avoir justifié la notion arendtienne de banalité du mal il l’applique à Heidegger et cela en réaction aux déclarations antisémites des Cahiers noirs. Enfermant ainsi l’antisémitisme dans la banalité et l’absence de pensée - … l’antisémitisme – banal et sans pensée par définition – cela lui permet de considérer l’antisémitisme de Heidegger comme une sorte de furoncle de banalité et de non pensée sur un corpus irrigué, quant à lui, par la pensée de l’être. Cela lui permet de glisser l’idée selon laquelle l’antisémitisme heideggérien s’arrête à ce qui relève de la « banalité de Heidegger » et ne concerne nullement l’œuvre elle-même. L’antisémite ne pense pas, or Heidegger pense, donc Heidegger n’est pas antisémite ! Mais que faire alors de sa banalité antisémite ? Un simple cas d’une contamination par un virus très répandu ? Ma formulation est au reste imprécise il faudrait plutôt dire : quand Heidegger ne pense pas, et il pense beaucoup et le plus souvent, alors il est banal et antisémite. C’est ici que rien ne va plus pour JL Nancy. Il faut au contraire accepter l’hypothèse de formes non banales d’antisémitisme. Le nazisme de Heidegger réside précisément là où il fait de l’antisémitisme une pensée. Nous sommes enclins à considérer l’antisémitisme, pour autant qu’on le rejette, du côté du banal et du sans pensée. Mais le rejet des thèses heideggériennes doit au contraire être motivé parce que c’est en nazi que Heidegger produit une forme pensante de l’antisémitisme. Et cela même a quelque chose à voir avec la centralité de la question de l’être. Adorateurs de Dieu les juifs n’adorent qu’un étant et cela les tient irrévocablement hors du questionnement de l’être. Car « l’être – n’est-ce pas ? – n’est pas l’étant ». Heidegger intègre ainsi l’antisémitisme dans son champ de pensée en produisant un antisémitisme en tant que faisant obstacle même à la pensée ! C’est le reproche qu’il a adressé à Husserl : en vertu de sa « Rasse » il ne pouvait pas avoir accès au cercle des décisions les plus essentielles ! L’heideggérisme est un antisémitisme non banal et ainsi doué d’une grande force de frappe dans certains milieux. Le plus souvent il est caché et irradie de manière insidieuse. L’opposition simpliste de Nancy banal/pensant fait son jeu. Mais c’est parce que Heidegger a produit une forme non banale d’antisémitisme, en le pensant comme non pensant, qu’il est nazi « dans » la philosophie.

Pour faire de Heidegger un antinazi Nancy forge une représentation simplifiée du nazisme 25 mars 10:36, par Jean-Pierre Marchand

Comment peut-on faire confiance à ceux des grands esprits de ces dernières décades qui semblent surtout avoir voulu sauver coûte que coûte le soldat Martin H de l’ accusation de nazisme ? Le titre à lui seul, Banalité de Heidegger, spécifie l’opération à laquelle se livre Jean-Luc Nancy dans son opuscule de 2015. En chargeant Heidegger du fait de s’être laissé happé, comme d’innombrables autres européens, par l’antisémitisme ambiant, cela même qui justifie d’en faire un antisémite banal, Nancy disjoint l’antisémitisme de Heidegger d’un archi-fascisme à caractère philosophique et, ce faisant, l’autorise à faire de Heidegger un antinazi. Mais lisons comment l’auteur, visiblement embarrassé, s’y prend pour brouiller une fois de plus les pistes : « Contentons-nous d’une phrase dans le volume 95, qui rassemble tout le mépris du philosophe pour la doctrine nazie : « Savoir racial, savoir pré-historique, savoir du peuple constituent le fondement « scientifique » de la vision-du-monde populo-politique ». Nancy aurait du tout d’abord interrogé le fait que, dans la phrase citée, Heidegger ne recourt pas au terme de « nazisme ». Nous en savons ainsi surtout sur la manière dont Nancy lui-même forge une représentation du nazisme qui lui permet de faire de Heidegger un antinazi. C’est une constante chez lui : le nazisme c’est forcément du « populo-politique ». L’auteur d’ Etre et temps ne peut à ce compte là qu’être antinazi. Il faut au contraire se demander quelle forme spécifique de nazisme est celui-de Heidegger. Heidegger faisant de l’ antisémitisme une « science allemande » il était fondé à afficher du mépris pour tous ceux qui étaient tenus, pour diverses raisons, à l’écart de son enseignement. Et cela d’autant plus que, jusqu’en 1933, des juifs comptaient parmi ses meilleurs élèves !

Nancy aurait pu, à ce point, enrichir la problématique par cette autre citation tirée des Cahiers noirs : « Le nazisme est un principe barbare. C’est ce qui constitue son essence et sa possible grandeur ». Citation contre citation : celle-ci change tout : Heidegger incarne, en en étant un des garants « spirituels », la possible grandeur de la barbarie nazie. C’est autre chose qu’un archi-fascisme puisque cela comprend nécessairement l’anéantissement total et effectif du monde juif. Il faudrait plutôt se plaindre du fait que Heidegger salit la philosophie en l’enrôlant dans son entreprise de « relève », d’essence nazie, du « populo-politique ».

Un auteur suspect... 24 janvier 01:45, par André

La défense intellectuellement malhonnête de Heidegger par Nancy (voir ses "critiques" lamentables des travaux d'Emmanuel Faye, François Rastier et d'autres comme Sidonie Kellerer) le rend très suspect et plus encore lorsqu'il parle des juifs et du judaïsme.

Déception 02 janvier 10:50, par R.C

N'importe quel lecteur de critique sociale radicale ne peut qu'être déçu par cet entretien comme par le livre. C'est dommage, car Nancy est quelqu'un de bien. Mais son propos n'a rien de nouveau (c'est une étrange synthèse philosophique de Nietzsche, Derrida, Lacoue-Labarthe, Levinas et Kofman)

Je ne peux que recommander à ceux attirés par le nouveau de commencer par une bonne lecture de Moishe Postone, Critique du fétiche capital.

Antisémitisme un phénomène mondial lié aux régimes autocratiques 14 octobre 18:39, par Steve

Bonjour
Il est certainement utile sinon indispensable d'étudier l'histoire de l'antisémitisme en Occident, mais la question de l'antisémitisme prend un autre dimension, plus profonde, lorsque l'on se souvient que Leon Poliakov dans son Histoire de l'antisémitisme a montré qu'un pays comme le japon, dans le quel il n'y a pas eu d'implantations juives comptait, lors de la rédaction de son ouvrage, 4% d'antisémites.
Le don de la Tora au Sinaï, accompagné nécessairement par un système de représentation graphique maîtrisable par tout un chacun, fonde en fait de l'état de droit et la mise en place des prémices d'une société démocratique.
Ce sont donc tous les régimes autoritaires, fondés sur l'appartenance à une caste, une lignée semi divine ou sur la tyrannie d'un seul, qui rejettent nécessairement la loi d'Israël qui annihile toutes leurs narrations.
Les japonais, par exemple, se disent descendants d'Amaterasu la déesse du soleil : ils ne peuvent donc accepter l'affirmation juive qui aboutit inéluctablement à la négation de leur mythologie et à la remise en cause de leur organisation sociale.
Rome étant au départ une république légaliste - Rome n'a pas de philosophes mais a des ingénieurs et des juristes, Rome pouvait accepter plus facilement la croyance d'un peuple s'appuyant lui aussi sur un système légal...
En plus de cette aversion fondamentale de toute dictature pour le judaïsme en tant que pensée du monde, peut venir se greffer un prétexte religieux ou autre - querelles à propos de l'héritage par exemple dont on sait quelles haines séculaires elles peuvent susciter dans les familles !
Cordialement.

 

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Biographie des conférenciers

Ruben Honigmann - journaliste

Ruben Honigmann est responsable éditorial d'Akadem.

Jean-Luc Nancy - philosophe

Jean-Luc Nancy, né le 26 juillet 1940 à Bordeaux, est un philosophe français. En 1968, professeur de philosophie à l'université de Strasbourg (il y enseignera jusqu'en 2004), il fait la connaissance de Philippe Lacoue-Labarthe. Les deux hommes, bien qu'avec des approches assez différentes, sont animés par le souci commun d'une reprise critique, déconstructrice, de la grande tradition philosophique allemande. Ils reconnaissent dans le travail de Jacques Derrida cette même exigence. De cette commune exigence philosophique naîtra une amitié des trois.

Jean-Luc Nancy multiplie les collaborations avec d'autres écrivains ainsi qu'avec des artistes plastiques ou de scène comme la chorégraphe Mathilde Monnier. Il a été membre du Conseil national des universités, section philosophie. 

Bibliographie des conférenciers

Jean-Luc Nancy - philosophe
  • Tu vas obéir !, (Bayard, 2014)
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  • La communauté désavouée, (Galilee, 2014)
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  • La jouissance, (Plon, 2014)
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  • L'intrus, (Galilee, 2000)
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  • Vous désirez ?, (Bayard, 2013)
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